Les 4 et 5 décembre 2025, s’est tenu en Sorbonne le sixième atelier de recherche du programme ANR-DFG ARENES. Celui-ci visait à analyser l’expérience du stade, à la fois comme espace sportif, espace politique, et espace culturel. Amandine Aftalion (directrice de recherche, CNRS) a mis le stade à l’épreuve des mathématiques, et est revenue sur les records qui ont été battus au Stade de France lors des Jeux Olympiques de Paris 2024. Cette première conférence plénière a abordé les principes architecturaux des stades, la façon dont les athlètes répartissent leur effort tout au long de leur course, et la géométrie de la piste du Stade de France dont le rayon des virages a permis à plusieurs champions olympiques d’établir de nouveaux records. Ce fut ensuite au tour de Clément Mommessin (doctorant, Université de Limoges) de nous parler de son étude de cas sur le palais des sports de Beaublanc. Il s’est ainsi saisi de la structure, des acteurs, et des représentations qui forment l’expérience Beaublanc. Plusieurs séjours de recherche lui ont permis de rassembler un corpus d’archives dont il nous a présenté les premiers résultats. Ceux-ci avaient vocation à interroger les représentations de l’expérience Beaublanc dans divers organes de presse, et d’étudier le réseau sémantique mobilisé pour rendre compte de matches vécus ce stade. La communication de Tristan Muret (doctorant, Université Marie & Louis Pasteur) portait sur les quartiers de la Porte d’Auteuil, et de la Porte de Saint-Cloud, et la façon dont un espace sportif y a été inventé à l’entre-deux-guerres. En nous présentant plusieurs documents issus des archives de la ville de Paris, ainsi que des fonds Pérotin et VR, Tristan Muret a retracé les projets de construction d’infrastructures sportives au sein de cette zone. Sa présentation a également exploré les différents usages des stades de ce territoire, et la création d’écoles sportives qui a permis aux jeunes d’y avoir accès. Fidel Cruz Camilo Ladino (doctorant, Universität Freiburg) nous a ensuite invité à repenser le cadre de la littérature sportive à partir de la modernité. Pour ce faire, son étude du stade dans la littérature transnationale sportive a d’abord porté sur le sport en tant que symbole d’un monde moderne. Puis, l’analyse de L’orgue du stade (André Obey, 1924) a interrogé l’espace du stade en tant qu’espace musical. Pour finir, cette communication s’est concentrée sur le discours de la modernité, et la littérature sportive hispano-américaine. L’après-midi du jeudi 4 décembre, notre groupe de recherche s’est rendu dans l’Ouest parisien afin que Tristan Muret nous guide à travers le quartier sur lequel porte sa thèse, avant que nous visitions Roland-Garros.
Le lendemain, la conférence plénière de Supriya Chaudhuri (Professeure, Jadavpur University) s’est concentrée sur le stade d’Eden Gardens à Calcutta. À la faveur de cette présentation, les foules qui composent le public des arènes sportives, ainsi que les incidents impliquant des spectateurs qui ont marqué l’histoire de ce stade ont été abordés. Eden Gardens reflète ainsi la présence coloniale en Inde. De fait, le stade de sport moderne constitue une importation britannique sur le sous-continent indien, et le terrain du Calcutta Cricket Club, sur lequel Eden Gardens a été construit, était initialement exclusivement réservé aux personnes blanches. Puis, Philipp Didion (doctorant, Universität des Saarlandes), nous a présenté son travail de thèse qui offre une étude comparée de stades en France et en République fédérale d’Allemagne des années 1950 aux années 1980. Les stades de Saint-Étienne et de Reims sont ainsi mis en regard avec les stades de Kaiserslautern et du Borussia Mönchengladbach. À travers ces études de cas, il tisse un lien entre l’histoire culturelle des stades, et celle des luttes autour de ces espaces. Ainsi, sa recherche interroge ce qu’est un stade de football dans des villes de taille moyenne, et s’empare également de questions liées à l’architecture, et à l’aménagement urbain. Par la suite, Corentin Joseph (doctorant, Université de Rouen Normandie) est revenu sur les relations sportives franco-allemandes entre 1918 et 1939. Si aucune relation sportive directe n’existait alors entre les deux pays, la compétition avait lieu dans l’entraînement, la préparation, et la recherche de performance. Tandis que le projet national d’entraînement allemand constituait en réalité un service militaire déguisé, l’entraînement français apparaissait être en décalage, et ne bénéficiait que de peu de moyens octroyés par le gouvernement. Aurélien Gérard (doctorant, Sorbonne Université) est ensuite revenu sur un entretien mené au cours de l’été auprès de l’auteur Caryl Phillips. Sa communication a mis en regard les récits de l’auteur sur son expérience de seul supporter noir à Elland Road dans les années 1960 et 1970, avec les propos recueillis au fil de leur échange. Paul Dietschy (Professeur, Université Marie & Louis Pasteur) nous a alors présenté un travail en cours : son atlas des stades. Après avoir passé en revue les beaux livres qui portent sur les stades, Paul Dietschy nous a fait part de l’architecture générale de son ouvrage, en commentant chacun des chapitres qui le composent. La conférence plénière d’Alexis Tadié (Professeur, Sorbonne Université) sur la reconnaissance faciale, la surveillance, et la transformation de la foule dans les stades est venue clore ce colloque. Par le biais d’œuvres littéraires, les arènes sportives ont été appréhendées comme des laboratoires où l’on expérimente la mise en place de nouveaux outils de surveillance.
(Compte rendu rédigé par Aurélien Gérard)
