En juin 2026, les membres du projet de recherche ARENES ainsi que des experts externes se sont réunis à l’Innovation Center de l’Université de la Sarre pour le septième et dernier workshop régulier. L’événement était axé sur le rôle et la place des femmes dans et autour des stades. L’objectif était de mettre en lumière la dimension de genre, souvent encore négligée dans la recherche sur l’histoire du sport et du football, dans les espaces sportifs qui sont au cœur du projet ARENES. Après l’accueil et une brève introduction, Xavier Breuil (Besançon) a brossé un large panorama du football féminin en Europe occidentale, en mettant l’accent sur les stades dans lesquels ce sport était et est toujours pratiqué. En s’appuyant sur trois phases du football féminin – en tant que « sensation » (1916-1921 et des années 1950 aux années 1970), en tant que sport interdit (1921-1969) et en tant que sport « reconnu » (à partir des années 1970) –, Breuil a présenté différents types de stades dans lesquels les femmes jouaient (et jouent) au football : des terrains vagues inadaptés aux mythiques « stades du football masculin », en passant par des arènes spécialement conçues pour le football féminin. Corentin Joseph (Rouen / Sarrebruck) a ensuite abordé la question des compétitions féminines d’athlétisme, en s’appuyant sur son projet de thèse consacré aux rencontres sportives entre la France et l’Allemagne ainsi qu’aux lieux où ces rencontres se sont déroulées pendant l’entre-deux-guerres. L’accent a notamment été mis sur les rencontres entre les équipes nationales féminines des deux pays et sur le contexte diplomatique qui les encadrait, oscillant entre détente et atmosphère de « mobilisation ».
La deuxième journée du workshop a été ouverte par Tristan Muret (Besançon), qui a consacré son intervention au prix du spectacle sportif dans le Paris de l’entre-deux-guerres. À l’aide des Archives de l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris, d’articles de journaux et notamment de photographies de presse, il a comparé le Stade Roland-Garros et le Parc des Princes en ce qui concerne l’influence des prix d’entrée et la répartition territoriale sur la catégorie class. Dans cette comparaison, il a également accordé une attention particulière à la présence des femmes dans ces deux arènes, qu’il a mise en évidence, en l’absence de sources écrites, notamment grâce à une analyse minutieuse des photographies. Helge Faller (Hagen) a ensuite proposé un aperçu des stades et des terrains de football féminin de l’entre-deux-guerres dans plusieurs pays européens. Cette perspective impressionnante est venue compléter le panorama esquissé par Xavier Breuil dans son exposé d’ouverture et a souligné une nouvelle fois la diversité des espaces du football féminin. Passer du général au particulier, telle était ensuite l’approche de l’exposé de Charles de Carvalho (Reims), qui a mis l’accent sur les installations sportives de la ville de Reims et leur utilisation par les femmes. Le bibliothécaire a retracé cette relation depuis les débuts du sport moderne jusqu’aux grands succès de la section féminine du Stade de Reims dans les années 1970, montrant ainsi comment les moments d’ouverture alternaient avec des phases de résistance de la part d’un monde sportif largement dominé par les hommes.
Dans l’après-midi, Fidel Cruz (Fribourg) a tout d’abord proposé une analyse littéraire de trois romans sportifs écrits par des femmes : La petite communiste qui ne souriait jamais de Lola Lafon (2015), La dama de la niebla de Carla Montero (2025) et Alto rendimiento de Carolina Sanin (2016). Le doctorant fribourgeois a ainsi mis en évidence une trinité composée d’héroïsme (féminin), de violence et de masculinité, et a souligné que la perspective féminine présentée ici se distinguait nettement des discours sur la virilité sportive. Clément Mommessin (Limoges) a ensuite présenté l’avancement de son projet de thèse consacré au Palais des sports de Beaublanc à Limoges et, dans la deuxième partie de son exposé, il a également abordé les compétitions auxquelles participaient des femmes dans différentes disciplines sportives au sein de ce palais des sports. Pour finir, il a évoqué les autres rôles joués par les femmes au sein et autour de cette arène. Carina Sophia Linne (Berlin), autre experte reconnue dans ce domaine, a ensuite présenté les résultats de sa thèse consacrée au football féminin dans l’Allemagne divisée de 1945 à 1990. Elle a mis en évidence les différentes phases d’évolution de ce sport ainsi que les réactions sociales, souvent teintées d’idéologie, qu’il a suscitées en RFA et en RDA. Philipp Didion (Sarrebruck / Besançon) a clôturé cette deuxième journée en traitant, lui aussi, les différents rôles joués par les femmes au sein et autour des arènes sportives qu’il a analysées à Reims, Kaiserslautern, Saint-Étienne et Mönchengladbach. Dans la deuxième partie de son exposé, il a examiné comment le football masculin de haut niveau, au cours des longues années 1960 marquées par des crises et une baisse de la fréquentation, a (re)découvert les femmes en tant que spectatrices et s’est efforcé, de manière plus ou moins stéréotypée, de rendre la fréquentation des stades plus attrayante pour le public féminin.
Dans la matinée du dernier jour du colloque, deux autres interventions étaient encore au programme. Ulrich Pfeil (Metz) a tout d’abord expliqué comment, dans le cadre du déblaiement des décombres, notamment en RDA – mais aussi en Allemagne de l’Ouest –, des stades ont été construits sur ces décombres. Il a mis en lumière le cadre idéologique de cette démarche ainsi que ses limites dans la pratique, en soulignant notamment la mobilisation de la jeunesse. Ensuite, Aurélien Gérard (Paris / Besançon) a présenté la contribution des spectatrices dans l’univers des fanzines de Leeds United, par ailleurs fortement dominé par les hommes. Il a montré que les femmes participaient elles aussi à la réalisation de ces magazines créés par des supporters pour des supporters, qu’elles s’y exprimaient et dénonçaient la misogynie largement répandue dans le football. À lÄinstar de cette dernière intervention, toutes les présentations ont montré que les femmes ont joué et continuent de jouer des rôles très variés au sein et autour des arènes sportives, que ces rôles ne peuvent souvent être élucidés qu’au prix d’un effort considérable (notamment en raison du manque de sources écrites), mais qu’il semble tout à fait gratifiant d’y consacrer cet effort ! Cela permet ainsi de mettre au jour des découvertes intéressantes, ce qui a également permis d’apporter un regard nouveau sur les projets de thèse menés dans le cadre du projet de recherche ARENES. Même si le workshop a été confronté à des difficultés de déplacement en raison de la grève de la SNCF, on peut retenir dans l’ensemble que le thème principal « La place des femmes dans les arènes sportives » a offert l’occasion d’échanges fructueux et de nouvelles perspectives, souvent négligées, sur les sites sportifs. Début mars 2027, les membres d’ARENES ainsi que d’autres invités se réuniront à nouveau pour dresser le bilan lors d’une conférence de clôture à Besançon.
(Compte rendu rédigé par Philipp Didion)
