Abstract
Antigone, peut-être la pièce la plus célèbre du répertoire théâtral mondial, met en scène l’essentiel des antagonismes à l’œuvre dans l’existence humaine, ceux de l’homme et de la femme, de la jeunesse et de la vieillesse, des humains et des dieux, des vivants et des morts, du privé et du commun. C’est cette dernière opposition, celle du privé et du commun, qui retient ici davantage l’attention. S’avère-t-elle aussi inconciliable qu’on le dit ? Antigone veut enterrer dignement son frère en dépit de l’interdit décrété par Créon, le nouveau dirigeant. Est-ce là tout le propos de Sophocle, l’affrontement tragique des deux personnages qui va s’ensuivre ? À l’analyse, on se rend compte que des voix de compromis s’élèvent, des invitations au dialogue et à la délibération commune, bref un chemin démocratique propre à désamorcer le conflit. Si ce chemin existe pour Sophocle, comment expliquer qu’il soit resté inaccessible au public pendant des siècles ? S’il existe, irait-on jusqu’à dire que l’on a affaire à l’une des pièces les plus contemporaines de notre répertoire, compte tenu des enjeux démocratiques absolument criants qui sont aujourd’hui les nôtres partout en Occident ?
Entretien en langue française.
