17.06.2026

Qui parle au nom des rivières? Un projet transfrontalier repense les droits de la nature

Les rivières n'ont pas voix au chapitre devant la justice; elles ne peuvent ni porter plainte, ni se défendre, ni témoigner devant un tribunal, même lorsqu'elles sont polluées ou subissent des dommages irréversibles. Un mouvement mondial en faveur des droits de la nature remet toutefois en question cette vision des choses. Le projet "Rivers Beyond Borders – La Sarre ouvrière" s'inscrit dans ces débats internationaux et les transpose à la région frontalière franco-allemande.

Lancé par le Centre Käte Hamburger pour l'étude des pratiques culturelles de réparation (CURE) de l'Université de la Sarre et le Goethe-Institut de Nancy, ce projet allie recherche scientifique, pratique artistique et perspectives de la société civile.

Le texte suivant a été traduit automatiquement de l'allemand et n'a pas été post-édité.

Le 4 juillet 2026 à partir de 11 h, un forum destiné aux citoyennes et citoyens de la Grande Région se penchera sur la question de savoir si la Sarre peut être envisagée comme sujet de droit, et ce que cela signifierait. Toutes les personnes intéressées sont cordialement invitées à cet événement (au Kulturgut Ost, An d. Römerbrücke 5, 66121 Sarrebruck).

 

Dans la plupart des systèmes juridiques, la nature est considérée comme un objet soumis à la volonté humaine : une ressource qui peut être exploitée, protégée ou gérée, mais qui n’agit pas en tant que sujet de droit à part entière. Partout dans le monde, les mouvements sociaux, les tribunaux et les législateurs débattent de plus en plus de la question de savoir si les entités naturelles peuvent être considérées comme des personnes morales. Dans le cadre du projet « Rivers Beyond Borders – La Sarre en tant que travailleuse », la question des droits des rivières n’est pas seulement abordée comme un problème juridique, mais aussi comme un défi culturel et sociétal. Le projet est coordonné par l’écrivain et artiste Camille de Toledo, connu internationalement pour ses travaux sur l’écologie politique et les nouvelles formes de représentation juridique de la nature. Avec des initiatives telles que le « Parlement de la Loire » et l’« Internationale des rivières », Camille de Toledo explore depuis des années la manière dont les habitats naturels peuvent être considérés juridiquement comme des acteurs.

La Sarre, une personne morale ?

Au fil des siècles, la Sarre a transporté des bateaux, alimenté des installations industrielles en eau, façonné des paysages et permis un développement économique au-delà des frontières nationales. Mais qu’est-ce qui change lorsqu’un fleuve n’est plus considéré exclusivement comme un objet, mais comme un sujet, même s’il s’agit d’un sujet aux multiples facettes : en tant que partie intégrante d’un ensemble complexe de processus écologiques, d’expériences historiques, de relations sociales et de décisions politiques ?

Ces questions seront au cœur du forum public qui se tiendra le 4 juillet au Kulturgut Ost. À partir de 11 heures, la maire de la capitale régionale Sarrebruck, Barbara Meyer, et le recteur de l’université, le professeur Ludger Santen, ouvriront la manifestation. L’événement réunira des exposés introductifs – notamment celui de Camille de Toledo –, des tables rondes, des ateliers et des formats d’exposition dans le cadre d’une expérience ouverte et participative.

« Comment protéger les écosystèmes et repenser notre rapport à la nature ? Telle est l’une des questions les plus pressantes de notre époque. Dans le même temps, face à des crises multiples, les préoccupations écologiques sont de plus en plus écartées du débat public. C’est là qu’intervient cette initiative, qui invite à développer de nouvelles perspectives : comment notre rapport à la nature pourrait-il évoluer ? Comment mieux protéger les systèmes aquatiques si nous laissions les rivières « s’exprimer » par elles-mêmes et leur accordions le statut de personnes morales ? En abordant ces questions avec de nombreux acteurs et actrices, nous souhaitons renforcer la société civile et donner un nouvel élan à l’écologie politique. » (Organisateurs du projet : Sima Reinisch, directrice du Goethe-Institut de Nancy, et Markus Messling, directeur du Centre Käte Hamburger CURE).

Cet événement réunit science, art, politique environnementale et société civile au sein d’une fête transfrontalière. Au cours d’ateliers interactifs, l’historienne de l’art Yi-Ting Wang (CURE/Université de la Sarre), la designer Isabelle Charpentier (CNRS), l’écologiste Guido Geisen (NABU Saarland), l’acteur Laurent Barthel (Weltveränderer e. V.) et l’artiste sonore et designer Régis Lemberthe différentes approches de la Sarre – allant des jeux vidéo aux observations environnementales et aux analyses de l’eau, en passant par des scénarios d’avenir spéculatifs dans lesquels la Sarre est envisagée comme un acteur politique doté de droits propres. Lors des tables rondes qui suivront, Camille de Toledo, l’experte en droit de l’environnement Helen Arling, la juriste et porte-parole de Greenpeace pour la justice socio-écologique Baro Gabbert, la présidente régionale de NABU Corinna Heyer ainsi que Ralf Beil, directeur général du site classé au patrimoine mondial de l’UNESCO « Völklinger Hütte », débattront de ces questions. L’accent sera mis sur les conséquences d’une telle réévaluation juridique pour la politique environnementale, la société et la relation entre l’homme et la nature.

Le projet bénéficie du soutien de 16 partenaires allemands, français et luxembourgeois, parmi lesquels le site de la Völklinger Hütte, inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO, la Haute école des arts du Rhin et le Musée national d’histoire naturelle du Luxembourg. Le programme invite à porter un regard nouveau sur le fleuve : non seulement comme paysage ou infrastructure, mais comme un ensemble historique, fragile et en même temps capable d’agir, qui relie entre eux les êtres humains, les animaux, les plantes, la technologie et les institutions politiques.

Le Centre Käte Hamburger pour l’étude des pratiques culturelles de réparation (CURE) de l’Université de la Sarre est un institut de recherche en sciences culturelles et sociales financé par le ministère fédéral allemand de la Recherche, de la Technologie et de l’Espace (BMFTR). Son travail s’articule autour de la question de savoir comment les individus et les sociétés font face aux blessures et aux dommages irréparables. Dans un contexte marqué par les guerres, les génocides, la destruction du patrimoine culturel et des langues, ainsi que par des défis mondiaux tels que le réchauffement climatique et l’extinction des espèces, des chercheuses et chercheurs internationaux ainsi que des artistes explorent des formes créatives de réflexion sociétale sur la perte, la culpabilité historique et la responsabilité mondiale. Les pratiques culturelles, notamment sous forme de récits, de musique, de théâtre et d’expositions, sont au cœur de ces recherches, car elles permettent d’exprimer des expériences individuelles et collectives et de rapprocher des perspectives contradictoires. L’objectif de ce travail de recherche commun est de développer une compréhension sociopolitique globale des questions de réparation individuelles et collectives dans un monde globalisé.

Camille de Toledo est écrivain, artiste et commissaire d’exposition. Titulaire d’un doctorat en littérature comparée de l’Université Paris Cité, il enseigne les arts narratifs à l’École nationale supérieure des arts visuels – La Cambre à Bruxelles et a été nommé en 2022 maître de conférences en écopoétique à l’université d’Aix-Marseille. En 2008, il a fondé les European Authors’ Societies (GESAC) afin de promouvoir la « traduction en tant que langue ». Il a également écrit l’opéra « La Chute de Fukuyama » (2013) et la pièce de théâtre « Sur une île » (2016, version allemande « Auf der Insel » jouée au festival Primeurs de Sarrebruck en 2017) sur l’attentat d’Utøya, ainsi que le diptyque PRLMNT sur l’effondrement de l’Union européenne et sa refonte politique par des institutions inter-espèces, grâce auxquelles les entités naturelles et les écosystèmes sont reconnus comme des sujets de droit. Son roman « Thésée, sa vie nouvelle » (Verdier, 2020) a figuré sur la liste des finalistes du prix Goncourt et a reçu le prix Franz-Hessel en 2021. « Le fleuve qui voulait écrire » (Les liens qui libèrent/Manuella Éditions/Flammarion, 2021/2024) a été finaliste du Prix du livre de l’environnement du journal Le Nouvel Observateur. Cet ouvrage documente et expose le projet du Parlement de la Loire, qui se poursuit désormais avec « L’Internationale des rivières » (Verdier, 2026) et témoigne de l’engagement de longue date de de Toledo en faveur de la reconnaissance des fleuves européens en tant que personnes morales. En 2028, il sera commissaire de la Capitale européenne de la culture à Bourges.

 

Contexte :

En 2017, la Nouvelle-Zélande a reconnu pour la première fois une rivière comme personne morale : la Whanganui. Depuis lors, le statut juridique des rivières a profondément évolué dans différentes régions du monde. En Amérique, en Asie et en Europe, des rivières, des forêts ou des écosystèmes ont été expressément reconnus comme des personnes morales. Malgré des différences considérables en termes de portée, de justification et d’applicabilité, ces approches témoignent d’une évolution commune : un élargissement de la notion de droit au-delà des régimes classiques de propriété et de protection.

Événement :

Rivers Beyond Borders – La Sarre en tant que travailleuse

4 juillet 2026, à partir de 11 h

Kulturgut Ost, An d. Römerbrücke 5, 66121 Sarrebruck

 https://cure.uni-saarland.de/veranstaltungen/die-saar-als-arbeiterin-la-sarre-ouvriere/

 

Demandes de presse et d’interviews :

Anna Warum (communication scientifique et relations publiques)

Centre Käte Hamburger pour les pratiques culturelles (CURE)

Tél. : +49 (0)681 302-3372

anna.warum@khk.uni-saarland.de